"Avec le slogan « Rallumer les lumières », l’extrême droite a dénoncé le « danger » des rues plongées dans le noir à La Flèche, dans la Sarthe, à Carcassonne et dans les villages de Gironde ou de la Vienne. Dans les grandes villes aussi, de Bordeaux à Poitiers en passant par Besançon et Lyon, ce discours a été porteur pour les adversaires conservateurs des maires écologistes qui se sont engagés à rétablir l’éclairage dès leur victoire acquise.
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Fustiger cet espace public perçu comme dangereux parce que laissé dans l’obscurité répondait à un sentiment d’insécurité émis par l’électorat conservateur. Cela permettait aussi de tenir un discours anti-écologiste (les extinctions nocturnes étant faites par souci d’économie d’énergie ou de préservation de la biodiversité), sans l’assumer ouvertement."
"De fait, les rues éteintes ou les poubelles lointaines arrivent dans un contexte de retrait d’autres services publics, des impôts aux antennes de la Caisse d’allocations familiales (CAF) en passant par La Poste ou l’hôpital. Sociologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Clara Deville estime que ce recul de l’Etat et de ses services renforce l’attrait de l’argumentaire du RN.
« Si vous raréfiez les biens publics, la compétition pour y accéder s’intensifie, et ceux dont on pense qu’ils parviennent à y accéder deviennent coupables de nos malheurs. Ces fermetures réactivent les divisions internes aux classes populaires, et indirectement elles attisent des préjugés racistes, qui sont par ailleurs très bien travaillés sur la scène médiatique et politique. »"
"En France, tout récemment, le chercheur Hugo Subtil a mené une enquête sur la fermeture des bars-tabacs et leurs effets politiques. Il établit que la fermeture des cafés contribue à la progression du vote d’extrême droite à long terme, indépendamment des conditions économiques et démographiques locales. « Ce n’est pas la fermeture elle-même qui affecte immédiatement les comportements électoraux, mais l’accumulation lente de ses conséquences : la raréfaction des interactions ordinaires, l’appauvrissement de la parole collective, la cristallisation progressive d’un récit de déclin qui finit par trouver son expression électorale », explique-t-il dans cette