ART PALESTINIEN
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Un magnifique texte de @Aseelsehwel, traduit directement de l'arabe (licence CC BY-NC-SA 4.0) :
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8 novembre 2025
Nous portons notre patrie dans nos yeux même en nous éloignant des villes qui nous ont accueillis autrefois.
Chaque rue que nous avons laissé derrière nous murmure encore nos noms, et chaque maison résonne encore des voix que nous n'avons pas pu emporter avec nous.
Nous ne sommes pas partis parce que nous avons voulu ça.
Nous avons été obligés de partir.
On nous a arrachés de nos maison et à la quiétude de nos matins, aux rêves qui grandissaient doucement en nous.
Nous n'avons pas abandonné notre patrie ; nous y vivons toujours !
Mais nous sommes devenus des déracinés à l'intérieur de ses frontières, marchant parmi ses plaies, cherchant un refuge où le cœur puisse respirer sans crainte.
Mais nous ne trouvons aucun havre de paix, et chaque espace où nous nous tournons semble vide.
Dans ce départ que nous n'avions pas choisi, nous n'emportions que des corps tremblants et de lourds souvenirs.
Nous avons laissé des clés accrochées aux portes, des photos accrochées aux murs, des cahiers d'école ouverts sur des leçons inachevées, et des rêves figés en plein milieu de l'histoire !
Et tandis que nous laissions derrière nous ces fragments de nos vies, les maisons s'effondraient les unes après les autres, et les rues qui résonnaient jadis de nos rires devinrent d'étroites voies d'évacuation.
Le silence des rues désertes nous pèse lourdement, nous rappelant ce que nous avons perdu.
Les camps qu'on nous avait présentés comme temporaires sont devenus des lieux permanents, marqués par le temps.
Nos corps y ont trouvé refuge, mais nos cœurs sont restés à la porte de la première maison !
Nous avons frappé, en vain.
Dans ce déracinement constant, nous n'avions qu'une seule compagne : la peur.
Elle s'insinue dans les moindres instants, dans les files d'attente pour le pain, et dans le silence des heures précédant l'aube.
Malgré tout, nous persévérons.
Nous nous soutenons lorsque nous tombons, nous nous accrochons à la lumière qui brille encore en nous et à ce murmure qui résonne :
Nous continuerons, nous endurerons quoi qu'il arrive.
Ce que nous demandons est simple, et pourtant sa simplicité est douloureuse : un toit qui ne s'effondre pas, une porte qui ne se brise pas et un enfant qui dort sans connaître la peur.
Nous ne sommes ni des numéros ni des des titres pour les journaux; nous ne sommes pas une histoire racontée aujourd'hui et oubliée demain.
Nous voulons simplement vivre — juste vivre — en paix et dans la dignité, dans la patrie que nous avons aimée et que nous aimons encore malgré tout.
--- Aseel
https://chuffed.org/project/138285-help-sehwel-family-with-their-medical-treatment