Mes sujets sont adaptés pour des humains, parce que leur façon la plus accessible de se mettre en capacité d'y répondre est de comprendre des maths, d'en apprendre la langue, de développer un peu d'habileté de calcul, et de s'habituer à raisonner rigoureusement, avec le moins de flou possible. Ce qui compte pour moi c'est toute ces capacités et connaissances, le sujet n'est qu'une façon de les révéler.
Mais un LLM produit des copies nickelles sans passer par tout ça, parce que sa façon d'y arriver repose sur la force brute de l'entraînement d'un modèle statistique sur des milliers d'exos du même type.
2/
Évidemment, dans le cas des contrôles, ce n'est pas un argument très important, puisque les arguments de la fraude et la comparaison avec un athlète qui soulèverait sa fonte avec un transpalette font déjà le taf.
Mais je pense que le détournement de proxy se retrouve ailleurs où ces autres arguments ont peu ou pas de portée, par exemple la génération de preuves mathématiques.
Je crois que nous avons collectivement donné trop d'importance aux théorèmes, au sens où savoir qu'ils sont vrais et les démontrer est avant tout un proxy pour quelque chose de plus important : se forger une compréhension des mathématiques, et ce que cette compréhension nous fait.
3/
L'émotion esthétique de la compréhension mathématique est à mon sens beaucoup plus importante que ses éventuelles applications pratiques ; même en maths appli, l'émerveillement de mieux comprendre un phénomène grâce à une formalisation mathématique devrait être le coeur de notre motivation.
Aussi, et crucialement, tout ça nous forge en tant qu'enseignantes et enseignants universitaires, qui est le rôle dans lequel nous avons de loin le plus d'impact.
4/
Bien sûr, la course aux théorèmes ne date pas de la hype des LLM, mais cette dernière vient renforcer et accélérer la première, et surtout, elle le fait en se dispensant de ce qui devrait faire le coeur de notre métier. Si on cours après les théorèmes en les démontrant nous-mêmes, on a besoin de développer une compréhension des maths, de se confronter aux démonstrations des collègues, on s'émerveille et on peut se laisser guider par l'esthétique. Quand on fait ça avec des LLM, on court-circuite ce qui compte, on détourne le proxy.
5/5
(Si vous avez d'autres exemples de detournement de proxy, je suis preneur ; et je ne suis sans doute pas le seul a avoir eu cette idée, toute source et nom préalablement utilisé m'intéressent).